La Besace
Jupiter dit un jour : « Que tout ce qui respire S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur : Si dans son composé quelqu'un trouve à redire, Il peut le déclarer sans peur ; Je mettrai remède à la chose. Venez, Singe ; parlez le premier, et pour cause. Est-ce content de soi, montrez-vous satisfait De votre ressemblance. » Le Singe répondit : « Moi content ? non vraiment. Oserais-je à voix haute en dire davantage ? Je ne vois pas en moi grand-chose que j'estime, Mais je vois les défauts dans l'animal voisin. » L'Ours venant après lui faillit à sa grimace, Et l'Éléphant de même : il n'est rien qui leur plaise En soi ; les défauts des autres leur font fête. Jupiter les congédie, et leur dit en partant : « Voyez ces deux besaces : l'une Devant, l'autre derrière est pendue. Des défauts d'autrui nous voyons tous la besace, Des nôtres on ne voit pas la trace. »